BACURAU

Un film De Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles 
Avec Sônia Braga, Udo Kier, Barbara Colen..

Dans un futur proche... Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans.
Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.
Placée vaguement dans le temps "d’ici quelques années", l’intrigue concoctée par les deux cinéastes nous propulse du ciel étoilé jusqu’à la planète Terre, plus précisément au Brésil dans le sillage d’un camion transportant de l’eau potable et sillonnant une très vaste étendue quasi
inhabitée. De routes secondaires en chemins de terre, on croise finalement un panneau "Bacurau, si tu viens, c’est en paix" après avoir appris que le village a été spolié de son accès à l’eau et que Lunga, un hors-la-loi, se cache dans les environs sans que personne ne souhaite le dénoncer....
Déclinant une partition étonnante dans une tonalité décalée qui évite soigneusement les clichés, Bacurau est une œuvre chorale qui ne se laisse pas apprivoiser facilement tant elle zigzague entre les genres, mais qui donne sa pleine mesure au fur et à mesure de sa progression.
Évidemment anti-impérialiste, le film illustre un esprit de résistance insurrectionnel, la foi dans un héritage culturel commun et un art subtil (doté d’une bonne dose
d’ironie) du camouflage cinématographique revisitant dans un mélange de modernité et de simplicité archaïque les codes de la tradition brésilienne (Antonio Das Mortes de Glauber Rocha par exemple), ceux du western classique et ses transpositions plus contemporaines.
Un exercice de style en miroir inversé au sang chaud et à l’humour noir qui se déguste sans modération.
Cineuropa.org

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU

Un film de Céline Sciamma
Avec Adèle Haenel, Noémie Merlant...

1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant
de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde...

D’un point de vue pictural, en intérieur ou à l'extérieur, dans la lumière chatoyante éclairant les plages bretonnes, Portrait d'une jeune fille en feu est
une splendeur, chaque plan composé comme un tableau de maître. Peindre ou faire l'amour, tel est au fond le fin mot de cette histoire où les sentiments
retenus éclatent enfin comme une floraison sublime. Plusieurs scènes touchent au plus haut point, par leur esthétisme et leur souffle passionnel...
Mais au-delà de l'intimité de ses deux personnages principaux, le film parle avec une grande acuité et justesse de la création artistique et de la place
(confinée) de la femme dans la société. Sans être militant, le film est effectivement féministe avec son quatuor d'actrices qui laisse les hommes
hors champ. Adèle Haenel est magnifique mais la révélation est sans conteste Noémie Merlant, absolument renversante. La complicité de ce duo
nous offre des moments bouleversants d'où l'ironie et l'humour ne sont d'ailleurs pas absents, à travers des dialogues joliment troussés. Portrait
d'une jeune fille en feu est non seulement le meilleur long-métrage de Céline Sciamma mais aussi l'un des meilleurs films français de l'année, haut la
main ! www.senscritique.com

JEANNE 

De Bruno Dumont
Avec Lise Leplat Prudhomme, Fabrice Luchini, Annick Lavieville

Année 1429. La Guerre de Cent Ans fait rage. Jeanne, investie d’une mission guerrière et spirituelle, délivre la ville d’Orléans et remet le Dauphin sur le trône de France.....Le grand Bruno Dumont adapte de nouveau les textes de Charles Péguy consacrés au personnage historique de Jeanne D’Arc. On est en 1429, Jeanne est emprisonnée et jugée. Après une Jeannette dansante et insouciante, ce second volet paraît plus austère et plus théâtral, mais il s’avère plus sensible et majestueux. L’expression du corps laisse la place à l’expression du verbe. Ce film n’est plus franchement une comédie, ce qu’étaient ses opus depuis la série Le P’tit Quinquin. Le cinéaste semble renouer avec la sobriété d’antan, et choisit de rendre compte des événements (une guerre, un procès, une église) uniquement par les voix, qu’elles soient un commentaire (des personnages sont comme les animateurs radiophoniques de l’action), un interrogatoire, ou un chant. Ces joutes oratoires deviennent fascinantes et parviennent par la force de l’évocation à se substituer à l’action. Chaque parole, interprétée avec fragilité par des acteurs non professionnels, a son timbre et son phrasé singuliers. Amenant une distanciation toute brechtiennne, ce jeu vocal n’en préserve pas moins le mystère de Jeanne et notre fascination. Le pouvoir des mots se confronte à la ténacité de l’accusée qui persiste. Au sein d’un décor immense (église vertigineuse) dans lequel les individus paraissent petits, sentiment augmenté par la bonne idée de retrouver la fragile Lise Leplat Prudhomme (dont il faut saluer la performance), plus jeune que le personnage réel. Le cinéaste questionne alors notre rapport à la spiritualité. Se mêlent le profane et le sacré, à l’image du chanteur Christophe, invité improbable du cinéma de Dumont, qui est d’abord une voix (parlée et chantée), avant d’être un visage. Son chant élégiaque incarne l’alliance du trivial et du lyrique. A nous spectateurs de nous laisser embarquer dans ce récit choral qui peut confiner au grotesque si nous refusons d’y croire. bande-a-part.fr

LES HIRONDELLES DE DE KABOUL

 

Un film de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec

D'après l'oeuvre de Yasmina Khadra

Avec les voix de Simon Abkarian et Zita Hanrot

Tiré du roman éponyme de Yasmina Khadra, Les Hirondelles de Kaboul narre l’épouvantable quotidien de deux couples d’afghans sous le régime des talibans. Ancien moudjahidine ayant combattu les Russes, Atiq traîne la patte et est désormais gardien d’une prison pour femmes. Il est marié à Mussarat en phase terminale d’un cancer. Mohsen et Zunaira forment de leur côté un jeune couple moderne. Lui est un intellectuel fragile, elle, une artiste libre qui peint Enfermée chez elle au son de musique occidentale. A la suite d’un terrible concours de circonstances, leurs destins vont se retrouver tragiquement liés... En choisissant de tourner cette adaptation en
animation plutôt qu’en prises de vues réelles, Zabou Breitman et Eléa Gobbé- Mévellec ont opté pour le contraste et la douceur. Les tons pastels et les traits éthérés viennent en effet presque contredire la barbarie du sujet et de certaines scènes comme celle, insupportable, d’une lapidation à laquelle Mohsen participe dans un élan incontrôlable. Les réalisatrices ne cherchent pas à convaincre : la réalité, connue, du régime taliban n’est ici que la sinistre toile de fond d’une histoire digne des plus grandes tragédies où certaines trajectoires personnelles se heurtent au mur de l’obscurantisme. Un dernier mot sur “l’interprétation” : Zabou a dirigé tous les acteurs dans un studio de son où ils ont joué le film, sans texte à la main, l’animation se calquant sur meurs performances. Le résultat est vibrant d’incarnation. www.première.fr

PERDRIX

Un film de Erwan Le Duc

Pierre Perdrix vit des jours agités depuis l'irruption dans son existence de l'insaisissable Juliette Webb. Comme une tornade, elle va semer le désir et le désordre dans son univers et celui de sa famille, obligeant chacun à redéfinir ses frontières, et à se mettre enfin à vivre.Le film se déroule dans un petit village, plus précisément dans l'univers d'une famille qui ne vit plus depuis la mort du père de famille. Les deux frères âgés d'une bonne trentaine d'années vivent encore chez leur mère, l'un travaille au commissariat du village et l'autre travaille en tant que spécialiste des vers de terre, père laborieux de sa fille d'une douzaine d'années. La routine familiale se brise lors de l'arrivée d'une femme, Juliette, qui ne s'attache à rien, excepté à des cahiers dans lesquels elle écrit sa vie depuis l'âge de 8 ans. S'ensuit une espèce de parcours initiatique pour Pierre, incarné par Swann Arlaud, qui découvre grâce à Juliette, le goût de l'indépendance et des nouvelles expériences.En bref, c'est un film aux multiples facettes, traitant l'humour à la manière du très apprécié En liberté de Pierre Salvadori avec une esthétique proche de celle de Moonrise Kingdom de Wes Anderson. Les plans sont surprenants par leur beauté, le film est sans prétention, d'une simplicité hypnotisante, on est sans cesse curieux de ce qui va arriver, tout en espérant que le film ne s'arrête pas. Les acteurs sont excellents, la mise en scène très personnelle d'Erwan Le Duc fonctionne très bien. La relève de la comédie française est assurée.

UNE GRANDE FILLE

 

Un film de Kantemir Balagov
Avec Viktoria Miroshnichenko et Vasilisa Perelygina

1945. La Deuxième Guerre mondiale a ravagé Léningrad. Au sein de ces ruines, deux jeunes femmes, Iya et Masha, tentent de se reconstruire et de donner un sens à leur vie.
Pour son deuxième long métrage, prix de la mise en scène Un certain regard 2019, Kantemir Balagov livre un drame austère et flamboyant qui trouve son inspiration chez Svetlana Alexievitch dans La guerre n’a pas un visage féminin, le prix Nobel de littérature mettait en lumière les témoignages des femmes soldats durant la Seconde Guerre mondiale. Le film met en scène des personnages habités par les traumatismes mais aussi le récit d’une reconstruction où l’espoir, certes enfoui, vibre encore. Balagov, après Tesnota, poursuit une réflexion morale autour de la question de la claustration psychologique. Quel choix reste-t-il à ceux que l’Histoire acculent dans un réduit mental ?
Iya (Viktoria Miroshnichenko, effrayante en poupée d’opaline cassée) et Macha (Viktoria Miroshnichenko, aussi à l’aise pour exprimer l’extraversion que la rage rentrée) ont noué leur destin au front où leurs corps devaient contribuer au moral des soldats. Toutes deux traumatisées, cicatrice intérieure ou ventre dévasté, elles cherchent néanmoins à se reconstruire. Le réalisateur a voulu rendre hommage à ces soldates de l’ombre, victimes invisibilisées. Survivre, vivre, donner la vie, parfois il n’y a pas d’alternative aux logiques simples. Lorsqu’elles se retrouvent, aide- soignantes au chevet des mutilés de guerre dans le service du docteur Ivanovitch, un nouveau drame qu’on ne peut détailler sans trop en dire, introduit entre elle l’irréparable et l’inséparable... www.lebleudumiroir.fr

L’OEUVRE SANS AUTEUR (Partie 1)

un film de Florian Henckel von Donnersmarck

À Dresde en 1937, le tout jeune Kurt Barnet visite, grâce à sa tante Elisabeth, l’exposition sur "l’art dégénéré" organisée par le régime nazi. Il découvre alors sa vocation de peintre. Dix ans plus tard en RDA, étudiant aux Beaux-arts, Kurt peine à s'adapter aux diktats du « réalisme socialiste ». Tandis qu'il cherche sa voix et tente d’affirmer son style, il tombe amoureux d'Ellie. Mais Kurt ignore que le père de celle-ci, le professeur Seeband, médecin influent, est lié à lui par un terrible passé. Epris d’amour et de liberté, ils décident de passer à l’Ouest...

«....Autant le dire d’emblée, « L’Œuvre sans auteur » tient une histoire en or, où se heurtent intimité, mensonges, histoire, faux-semblants, art, et vérité. Accompagné d’un empirisme strident, le film ressemble tant à une fresque académique qu’à une thèse esthétique. On flirte avec le mélodrame politique, le décryptage d’une histoire allemande, tout en passant par l’histoire de l’art, et nombre de pistes réflectives. Diptyque entre l’intime et l’Histoire, « L’Œuvre sans auteur » se targue d’une fluidité exemplaire, nous faisant presque oublier son didactisme oppressif, reflété par un académisme exalté. Sophistiqué, Donnersmarck filme un véritable jeu de société(s), au travers duquel le nazisme, le communisme, et le libéralisme, se donnent la réplique dans un ballet d’illusions au rythme ample. L’ombre de Gerhard Richter plane sur l’ensemble du film, l’artiste ayant refusé que son nom soit associé à l’entreprise. À ce titre, Donnersmarck pose intelligemment la question de la fonction sociale de l’art. Comment incarner l’âme de tout un peuple? Comment scalper la somme de ses traumatismes ? Qu’elle est la place de l’artiste dans la société, dans l’histoire ?....» senscritique.com

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