PAPICHA

Un film de Mounia Meddour
Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda
 

Nedjma sera styliste, et c’est tout ce qui compte. Peu importe les hommes, peu importe l’étau moral qui se resserre rapidement sur sa génération et sur les femmes en particulier, sa liberté et sa passion pour la création sartoriale deviennent aussi indispensables que l’air qu’elle respire. Voilà pour le point de départ de Papicha, qui place le film dans le sillage d’un certain cinéma arabe et féministe, qui a connu un véritable regain de vigueur ces dernières années. Naturaliste, accrochée à ses personnages, la caméra scrute les visages, guette les émotions, la passion ou la nervosité qui monte, alors que l’horizon s’obscurcit, qu’on empêtre les corps féminins et que ceux des hommes se font de plus en plus conquérants dans le cadre. Toujours immersive, lisible et capable d’établir les enjeux dramaturgiques, la mise en scène souffre durant le premier tiers du film d’une dimension un peu trop attendue, impersonnelle. Une équation bouleversée après une bascule tragique qui pousse le personnage de Nedjma dans ses retranchements. Alors que la protagoniste de Papicha se lance à corps perdu dans la conception d’un défilé de mode qui cristallise toutes les aspirations qui sont les siennes, le découpage devient de plus en plus fluide et racé, désormais focalisé sur la sensorialité du récit. Ce dernier se ménage de longues plages, entre contemplation et décomposition de l’action. Sans emphase, gravité de façade ou métaphore lourdingue, Mounia Meddour ausculte les peaux, sonde les cœurs, et permet progressivement à Papicha d’atteindre une grande finesse quand son héroïne lève le voile sur les multiples formes de l’oppression.

Le premier film de Mounia Meddour a finalement cela de très beau qu’il préfère plutôt une liberté charnelle, évidente, à une démonstration attendue ou forcément facile, trois décennies après les faits relatés. Dans Papicha, la liberté se contente de ne pas mourir. Elle peut rencontrer l’opposition, l’agression et la mort, mais ce que constate cette caméra, âpre, mais toujours bienveillante, c’est qu’elle a un appétit qui ne se tarit pas. (www.ecranlarge.com)

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