J'ACCUSE

De Roman Polanski
Avec Jean Dujardin, Louis Garrel..
 

Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier. Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXème siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. Même si le film est basé sur un fait réel et adapté du bouquin D. du Britannique Robert Harris (co-scénariste du film), J’accuse s'attarde peu sur l'article dénonciateur du célèbre écrivain. Au contraire, le film se concentre essentiellement sur la quête de vérité du colonel Picquart, ancien professeur de Dreyfus devenu lieutenant-colonel et chef du service de renseignement militaire, lorsqu'il découvre qu'Alfred Dreyfus a été condamné à tort. De quoi lancer un récit aux multiples ressorts et manipulations. Ainsi, l'ouverture de J’accuse impressionne par son cadre imposant et oppressant.
L'instauration de l’intrigue, qui se met en place avec la dégradation militaire d'Alfred Dreyfus (incarné par un Louis Garrel austère), est remarquable, extrêmement méticuleuse et procure une force immédiate au récit. Loin de faire de son film une simple reconstitution historique, Polanski le transforme rapidement en thriller d'espionnage où Picquart joue au Sherlock Holmes. Une idée judicieuse qui redonne un véritable intérêt aux enjeux politiques, judiciaires et militaires derrière l'Affaire tout en lui conférant une avancée ludique et divertissante tout autant qu'instructive. Le film se veut alors une quête de vérité, de dignité et de justice au coeur d'un système perverti et manipulé par le mensonge et les préjugés.... ecranlarge.com

 

 

J'AI PERDU MON CORPS

De Jérémy Clapin
Avec Hakim Faris, Victoire Du Bois, Patrick d'Assumçao
 

A Paris, Naoufel tombe amoureux de Gabrielle. Un peu plus loin dans la ville, une main coupée s’échappe d’un labo, bien décidée à retrouver son corps. S’engage alors une cavale vertigineuse à travers la ville, semée d’embûches et des souvenirs de sa vie jusqu’au terrible accident. Naoufel, la main, Gabrielle, tous trois retrouveront, d’une façon poétique et inattendue, le fil de leur histoire...
Paris dans les années 90, froid, lugubre. Infestée de monstres ordinaires, de vermines qui pullulent dans les souterrains, la ville devient un labyrinthe dangereux pour une main coupée en quête de son propriétaire. J’ai Perdu Mon Corps fait le pari risqué de ne jamais anthropomorphiser son personnage. Et c’est sans-doute le grand tour de force du film : parvenir à émouvoir à partir d’un objet sans vie. La main tient en elle les réminiscences du passé de son propriétaire, Naoufel. Du sable chaud qui glisse entre les doigts, des mains qui frôlent les touches d’ivoire d’un piano, aux rampes d’immeubles insalubres de Paris : la main de Naoufel s’imprègne du temps qui passe. Le corps transcende la matière et devient vie, dans laquelle se lisent les signes du temps. Par son mélange d’animation 2D et 3D, le film possède une forme organique, presque palpable qui décuple l’émotion, accompagné par la musique mélancolique de Dan Levy....J’ai Perdu Mon Corps est l’histoire, plus universelle, d’une résilience guidée par un amour timide qui rappelle sans cesse le caractère indéterminé de la vie. En ressort un film d’une maîtrise remarquable, enveloppée dans une poésie sensible et existentielle. Un tel succès prouve que l’animation française a encore de beaux jours devant elle, et le destin lui aura été favorable : on tient ici sans aucun doute un des plus beaux films de l’année. lebleudumiroir.fr

LE TRAITRE

Un film de Marco Bellochio
Avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane
 
Au début des années 1980, la guerre entre les parrains de la mafia sicilienne est à son comble. Tommaso Buscetta, membre de Cosa Nostra, fuit son pays pour se cacher au Brésil. Pendant ce temps, en Italie, les règlements de comptes s’enchaînent, et les proches de Buscetta sont assassinés les uns après les autres. Arrêté par la police brésilienne puis extradé, Buscetta prend une décision qui va changer l’histoire de la mafia : rencontrer le juge Falcone et trahir le serment fait à Cosa Nostra. Pour sa sixième participation à la compétition de Cannes, l’immense cinéaste italien Marco Bellocchio s’empare d’un pan historique de l’histoire de son pays. A travers la vie de Tommaso Buscetta, informateur mafieux en Sicile dans les années 1980, donnant de nombreux témoignages sur le fonctionnement interne de la Cosa Nostra conduisant à un procès sans précédent d’une durée de sept ans contre la mafia. Pour raconter une histoire de cette envergure, une sorte d’anthologie, le réalisateur manie avec brio le gigantisme flamboyant (la scénographie incroyable du procès, avec ses cages, la narration à plusieurs niveaux temporels), et la réduction à une ligne directrice (le parcours d’un personnage central qui canalise le récit). Sa mise en scène retranscrit habilement le chaos de l’époque, ne cherche pas à retenir les échappées lyriques de son sujet, tout en se construisant à travers le regard de Buscetta (incroyable Pierfrancesco Favino). Foisonnant comme un opéra, ce grand film convoque les dimensions chorale et individuelle de son histoire, parvenant à nous émouvoir grâce à l’humanité de son personnage.
Egalement passionnant comme un document sur la mafia, le film est aussi celui de la fin d’une époque. Cette nostalgie infuse dans toutes les scènes. Bellocchio réussit sur tous les plans. Benoit Basirico. bande-a-part.fr

SORRY WE MISSED YOU

Un film de Ken Loach
Avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood...
 

Ricky, Abby et ses deux enfants sont issus de la middle-classe anglaise à Newcastle, qui ne roule peut-être pas sur l’or, mais forment une famille soudée. Abby est aide à domicile et enchaîne les client.e.s, tandis que Rick trouve un emploi en tant que livreur, dans l’espoir de sortir enfin la tête de l’eau. Problème majeur en Angleterre, qui commence à faire doucement son entrée en France, Ken Loach aborde le nouveau fléau contemporain : les zero-hours contract, pour les salariés intégralement à leur compte. Payé au client, et devant assumer l’intégralité des frais (casse ou moyen de transport), Ricky se retrouve malgré lui piégé dans un engrenage qui le dépasse.
Portrait désespéré d’une société qui va toujours trop vite, Sorry We Missed You fait entrecroiser l’histoire intime et celle plus large de tout un pays, à travers la lente implosion du cercle familial. Dans sa première partie film capte les derniers instants d’humanité d’une société en plein péril. La famille devient alors l’ultime refuge face à la robotisation : si la journée de travail est difficile, Ricky et Abby chérissent leur
amour pour rester souder. Mais cet amour, aussi fort soit-il, va être mis à l’épreuve par l’ardeur du travail.
La fatigue et l’absence vont progressivement ronger la vie privée, jusqu’à l’effacer totalement. Véritable pilier de la société, au sens aristotélicien, la famille n’en est que le miroir : si elle va mal, la société ne peut qu’aller mal. Si le titre fait référence aux avis de passage laissés pendant une livraison, Sorry We Missed You est à prendre au sens littéral : Ken Loach raconte l’absence d’un père, aliéné dans son
travail, qui manque à sa famille.
Depuis plus de vingt ans le réalisateur et Paul Laverty son scénariste nous donne à voir et nous questionne sur l’insécurité et l’amoralité d’un monde gouverné par le profit.
Comme « Moi Daniel Blake », « It’s a free world », My name is Joe », Bread and roses », ou “Sweet sixteen”, Sorry we missed you » nous interpelle et nous questionne:” comment et pourquoi en sommes nous arrive là”. lebleudumiroir.fr

PAPICHA

Un film de Mounia Meddour
Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda
 

Nedjma sera styliste, et c’est tout ce qui compte. Peu importe les hommes, peu importe l’étau moral qui se resserre rapidement sur sa génération et sur les femmes en particulier, sa liberté et sa passion pour la création sartoriale deviennent aussi indispensables que l’air qu’elle respire. Voilà pour le point de départ de Papicha, qui place le film dans le sillage d’un certain cinéma arabe et féministe, qui a connu un véritable regain de vigueur ces dernières années. Naturaliste, accrochée à ses personnages, la caméra scrute les visages, guette les émotions, la passion ou la nervosité qui monte, alors que l’horizon s’obscurcit, qu’on empêtre les corps féminins et que ceux des hommes se font de plus en plus conquérants dans le cadre. Toujours immersive, lisible et capable d’établir les enjeux dramaturgiques, la mise en scène souffre durant le premier tiers du film d’une dimension un peu trop attendue, impersonnelle. Une équation bouleversée après une bascule tragique qui pousse le personnage de Nedjma dans ses retranchements. Alors que la protagoniste de Papicha se lance à corps perdu dans la conception d’un défilé de mode qui cristallise toutes les aspirations qui sont les siennes, le découpage devient de plus en plus fluide et racé, désormais focalisé sur la sensorialité du récit. Ce dernier se ménage de longues plages, entre contemplation et décomposition de l’action. Sans emphase, gravité de façade ou métaphore lourdingue, Mounia Meddour ausculte les peaux, sonde les cœurs, et permet progressivement à Papicha d’atteindre une grande finesse quand son héroïne lève le voile sur les multiples formes de l’oppression.

Le premier film de Mounia Meddour a finalement cela de très beau qu’il préfère plutôt une liberté charnelle, évidente, à une démonstration attendue ou forcément facile, trois décennies après les faits relatés. Dans Papicha, la liberté se contente de ne pas mourir. Elle peut rencontrer l’opposition, l’agression et la mort, mais ce que constate cette caméra, âpre, mais toujours bienveillante, c’est qu’elle a un appétit qui ne se tarit pas. (www.ecranlarge.com)

CHAMBRE 212

Un film de Christophe Honoré
Avec Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste...
 
Richard et Catherine ont eu vingt ans, ils se sont aimés, ils se sont mariés. Des années plus tard, Catherine se choisit un amant. Richard découvre l’affaire, il s’en désespère. Catherine prend la fuite. Elle ne va pas loin, elle traverse la rue et s’enferme dans une chambre à l’hôtel d’en face, la chambre 212... "Si on ne peux plus tromper son mari avec son mari." De telles répliques, Chambre 212, le nouveau film de Christophe Honoré en inclut une multitude, emballés à un rythme rapide, très dialogué et humoristique. Il faut dire que le cinéaste français a choisi d’aborder par le versant de la comédie psychologique un sujet, la crise conjugale aiguë, qui peut prêter aussi bien au vaudeville en temps réel, dans l’hiver de la congélation des désirs, qu’à l’ouverture des portes aux souvenirs du printemps du couple, une double face que le réalisateur a pris au pied de la lettre, composant un film conceptuel où deux versions du mari sont incarnées de concert, l’un jeune, l’autre vieilli. Un parti-pris de distanciation de la réalité qui offre un vaste terrain ludique de variations et d’entrelacement pour le cinéaste et l’occasion de creuser avec une légèreté bienfaisante, et néanmoins souvent cinglante, des thèmes que beaucoup auraient transmutés en drames dépressifs. Sur un scénario ciselé orchestrant de manière très fluide tous ces chassés croisés, Christophe Honoré explore avec beaucoup de drôlerie et sous toutes ces facettes le vieillissement des sentiments amoureux (qui, comme le vin, peuvent perdre leur saveur ou se bonifier), la nostalgie de la jeunesse physique et psychologique, le miroir de ses actes individuels. Porté par une excellente Chiara Mastroianni, le film se révèle un brillant exercice de style, ce qui constitue à la fois sa force et le revers de sa médaille, la boite à outils finissant par dominer un peu son contenu, sans toutefois que le cachet de l’ensemble n’en pâtisse vraiment. cineuropa.org

ATLANTIQUE

Un film de Mati Diop
Avec Mama Sané, Amadou Mbow, Ibrahima Traore
 
À Dakar, Ada s’apprête à épouser Omar, qu’elle n’aime pas. Elle fait la rencontre de Souleiman, qui travaille sur un chantier, n’a pas été payé depuis plusieurs mois et s’apprête à embarquer clandestinement pour l’Espagne. Son départ et celui de plusieurs jeunes hommes vont
précipiter leurs proches dans une enquête mystique.
Quand Souleiman et ses camarades disparaissent en mer, le film opère une bascule vers le polar et le fantastique. Dès son ouverture, Atlantique donnait à sentir la puissance de l’océan, faisant, par le son, les rayons du soleil ou le scintillement de la Lune, un personnage à part entière de l’étendue bleutée.
Alors que les hommes perdus en mer en viennent à posséder les femmes restées à Dakar, le film se transforme, basculant dans l’errance
fantastique, la rêverie fantasmagorique, sans jamais perdre contact avec le monde qu’il décrit.
Ne se limitant jamais à un commentaire de la crise des migrants, à une illustration d’un sujet passionnant et éminemment politique, Mati Diop embrasse le drame des exilés depuis la rive du départ, pour ne jamais la quitter, et l’amène jusque sur le terrain de la fable. La mise
en scène comme le scénario embrassent cet univers complexe et changeant avec une simplicité qui confinent à l’évidence, n’usant jamais des ressorts du cinéma de genre comme d’un cache-misère ou une quelconque forme de pose.
Ce n’est probablement pas un hasard si on retrouve ici comme co-producteur Oumar Sall, déjà derrière Félicité, qui partage avec Atlantique un même mouvement, une danse entamée du particulier vers l’universel. Qui domine ? Qui possède ? Les ultimes images du film ébaucheront une réponse, plastique et fascinante, qui rappelle par endroits certaines trouvailles du Zombi Child de Bertrand Bonello. www.ecranlarge.com
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