ADAM

De Maryam Touzani
Avec Lubna Azabal, Nisrin Erradi, Douae Belkhaouda

Dans la Médina de Casablanca, Abla, mère d’une fillette de 8 ans, tient un magasin de pâtisseries marocaines. Quand Samia, une jeune femme enceinte frappe à sa porte, Abla est loin d’imaginer que sa vie changera à jamais. Une rencontre fortuite du destin, deux femmes en fuite, et un chemin vers l’essentiel. 

Pour son premier long-métrage de fiction, Maryam Touzani filme, dans un huis-clos superbement éclairé, un drame psychologique, sec et vibrant, sur la difficile condi- tion des mères célibataires dans la société marocaine. Le travail de Maryam Touzani conjointement mené avec Nabil Ayouch depuis quelques années (on se souvient de Much Loved et plus récemment Razzia) met le doigt sur l’hypocrisie de la société marocaine, patriarcale et conservatrice. Adam rend hommage à la force de ces femmes tenues à l’écart mais la qualité de son écriture, le talent de ses actrices et sa beauté plastique en font beaucoup plus qu’un film dossier. Il faut souligner également le très beau travail de la directrice de la photographie, Virginie Surdej, inspiré par les tableaux de maîtres, Le Caravage, pour les am- biances claires obscures et l’évocation d’une vie simple, Wermeer, pour la lumière oblique et la chaleur des mordorés. Les préparations culinaires donnent lieu à de belles scènes au cours desquels Samia réactive dans les mains d’Abla une sen- sualité perdue. Loin de toute séduction, Adam érige la sororité en viatique et trouve sa beauté dans les étincelles qu’il regarde jaillir du frottement de deux âmes forcloses. Lebleudumiroir.fr 

Tarif spécial de 5€ à 5,50€ pour les adhérents de Ciné’Fil ! 

SÉJOUR DANS LES MONTS FUCHUN

 

Un film de Gu Xiaogang
Avec  Qian Youfa, Wang Fengjuan, Sun Zhangjian
 
Le destin d’une famille s’écoule au rythme de la nature, du cycle des saisons et de la vie d’un fleuve.
Avec ce premier long-métrage, Gu Xiaogang, réalisateur autodidacte de tout juste trente- et-un ans, filme, à l’échelle de l’intime, les mutations, notamment urbaines, de la Chine contemporaine. Tandis que dans la ville historique de Fuyang, située à deux cents kilomètres au sud-ouest de Shanghai, on abat des quartiers entiers pour mieux les reconstruire, même les traditions familiales semblent vaciller. De fait, à l’heure où Mum, la matriarche, ne peut plus vivre seule, ses fils doivent la prendre en charge, ce qui suscite entre eux, alors qu’ils peinent à s’en sortir, des rancœurs et des rivalités : le réalisateur nous montre ainsi, sans jamais juger les uns et les autres, trois générations déchirées entre tradition et modernité. Mais cette fresque de deux heures et demie, qui emprunte son titre à un classique de la peinture chinoise traditionnelle du XIVe siècle, a aussi et surtout été conçue comme un « paysage de montagne et d’eau » et donne à voir, dans des plans évoquant autant de rouleaux shanshui, la permanence de la nature tandis que la fratrie se décompose et se recompose au fil de quatre saisons. Le réalisateur parvient, pour ainsi dire, à utiliser sa caméra comme un pinceau et impressionne, malgré la grande économie des moyens et alors qu’il s’agit de sa première réalisation, par sa maîtrise du récit, du cadre et de la durée.Devant les plans-séquences où la caméra épouse le cours du fleuve Fushun, le spectateur ne peut s’empêcher de penser à Jia Zhangke : comme le faisait ce dernier dans Still Life, Gu Xiaogang, inspiré par sa propre famille, parvient à saisir in extremis l’âme de la ville de son d’enfance. avoir-alire.com

UN JOUR SI BLANC

Dans une petite ville perdue d’Islande, un commissaire de police en congé soupçonne un homme du coin d’avoir eu une aventure avec sa femme récemment décédée dans un accident de voiture. Sa recherche de la vérité tourne à l’obsession. Celle-ci s’intensifie et le mène inévitablement à se mettre en danger, lui et ses proches. Une histoire de deuil, de vengeance et d’amour inconditionnel. 

Un jour si blanc débute par un accident avec une voiture qui disparaît dans la brume. Puis une ellipse et le temps défile à travers une simple et formidable idée de mise en scène. Palmason décrit l’après, le deuil, l’absence, dans une nature qui reste assez sauvage. Les chevaux s’invitent par surprise dans le salon et on assomme les poissons fraichement pêchés sur le coin d’une table. Le héros du film est une quinquagénaire devenu veuf, qui ne sait que faire de son chagrin et qui va être peu à peu noyé par son obsession. Jusqu’où donc va aller cette pierre qui dévale ? Cela pourrait faire l’objet d’un thriller, mais au dénouement à suspens Palmason privilégie le drame psychologique. Le film ne cherche pas du tout à séduire avec son héros tourmenté par une jalousie tardive et plus taciturne qu'un glacier islandais. L'acteur qui l'interprète, Ingvar Sigurdsson, que l'on connait bien, est d'ailleurs tout à fait prodigieux. Le côté abrasif de Un jour si blanc est heureusement atténué par la très belle relation entre le personnage principal et sa petite-fille, une gamine extraordinaire dont l'intelligence intuitive compense la lourdeur des machos qui l'entourent. L’étrangeté habitait tout Winter Brothers, ici tout est beaucoup plus accessible et surtout extrêmement émouvant in fine, le deuxième long-métrage de Palmason est à l'image des paysages islandais : rude et parfois austère mais très beau, à condition que le climat soit apaisé. 

Tarif spécial de 5€ à 5,50€ pour les adhérents de Ciné’Fil !

LES SIFFLEURS

De Corneliu Porumboiu
Avec Vlad Ivanov, Catrinel Marlon, Rodica Lazar

Cristi, un inspecteur de police de Bucarest corrompu par des trafiquants de drogue, est soupçonné par ses supérieurs et mis sur écoute. Embarqué malgré lui par la sulfureuse Gilda sur l’île de la Gomera, il doit apprendre vite le Silbo, une langue sifflée ancestrale. Grâce à ce langage secret, il pourra libérer en Roumanie un mafieux de prison et récupérer les millions cachés. Mais l’amour va s’en mêler et rien ne se passera comme prévu... 

Le film roumain "Les siffleurs", découvert en compétition au dernier Festival de Cannes, dispose d’une intrigue déroutante, navigant entre l'île des Canaries La Gomera et Bucarest. Comédie policière savamment construite, ce nouveau film de Corneliu Porumboiu ("12h08 à l’est de Bucarest", "Le Trésor") est chapitré par personnage (Gilda, la fausse amante, Zsolt, un prêtre orthodoxe, Munci, Magda, la cheffe de la police...), avec pour terminer le principal, un policier corrompu dénommé Cristi. Son scénario mélange de manière intrigante quelques flash-backs explicatifs, permettant de mieux cerner les personnages, à un récit principal centré sur la recherche de 30 millions d’euros cachés. Point de départ de cette histoire, l'apprentissage d'un langage sifflé, rapidement tourné en ridicule, n'aura de véritable utilité que sur la fin du métrage, toujours de manière inattendue. Au fil de l’intrigue, ce sont alors de multiples trahisons qui vont être dévoilées, formant un véritable sac de nœuds, aux personnages barrés ou étranges (le prêtre qui frappe « en croix », le vieux sans dents...), pas toujours très utiles (la Mama...). Mais son humour de fond, légèrement noir et des plus réjouissants, ainsi que les références cinématographiques ("Reservoir Dogs", "Psychose"), en font un réel plaisir de cinéma. En réalité, le film a avant tout une énorme qualité, dans sa capacité à surprendre en permanence, jusque dans ses derniers instants, de par l’utilisation des lieux (une usine de matelas, une île semblant hors du monde...) comme des facettes multiples de ses personnages. Au final, "Les siffleurs" séduit par son ton décalé comme par une indéniable maîtrise du découpage, maintenant un certain suspense jusque dans ses dernières minutes. A découvrir, ne serait-ce que pour son originalité. Abusdecine.com 

Tarif spécial de 5€ à 5,50€ pour les adhérents de Ciné’Fil ! 

LA VIE INVISIBLE D'EURIDICE GUSMAO

De Karim Aïnouz
Avec Carol Duarte, Julia Stockler, Gregório Duvivier
 
Rio de Janeiro, 1950. Euridice, 18 ans, et Guida, 20 ans, sont deux soeurs inséparables. Elles vivent chez leurs parents et rêvent, l’une d’une carrière de pianiste, l’autre du grand amour. A cause de leur père, les deux soeurs vont devoir construire leurs vies l’une sans l’autre. Séparées, elles prendront en main leur destin, sans jamais renoncer à se retrouver. Pour son septième long-métrage, le réalisateur brésilien Karim Aïnouz raconte l’histoire extraordinaire de deux sœurs séparées à leur entrée dans l’âge adulte, ayant vécu toute leur vie dans la même ville sans jamais parvenir à se retrouver.
Tiré d’un roman de Martha Batalha paru sous le titre Les Mille Talents d’Euridice Gusmão, l’argument romanesque, entrecroisant deux destinées contrariées dans le Brésil des années 1950, révèle aussi un double fond, dans sa mise au jour d’une certaine logique de domination, à savoir la mainmise du patriarcat sur la vie des femmes à une époque où celles-ci ne s’appartenaient pas complètement. Ainsi le film s’inscrit-il dans une perspective générationnelle, se penchant vers les aïeules de la société brésilienne, ces dames d’un âge vénérable qui ont connu l’amour et construit leur sexualité en un autre temps, celui d’avant la libération sexuelle et les avancées des droits des femmes.
Tout à fait sincère et déchirant, La vie invisible d’Eurídice Gusmão est une grande fresque mélodramatique pleine de performances brillantes, d’émotions passionnantes et de nuances subtiles. Mêlant classicisme et esprit novateur, Karim Aïnouz nous offre un merveilleux mélodrame pour ce 21ème siècle, une histoire élégante et émouvante sur deux femmes qui luttent pour construire leurs vies.

SWALLOW

 

 

De Carlo Mirabella-Davis
Avec Haley Bennett, Austin Stowell, Denis O'Hare
 

Hunter semble mener une vie parfaite aux côtés de Richie, son mari qui vient de reprendre la direction de l’entreprise familiale. Mais dès lors qu’elle tombe enceinte, elle développe un trouble compulsif du comportement alimentaire, le Pica, caractérisé par l’ingestion d’objets divers. Son époux et sa belle-famille décident alors de contrôler ses moindres faits et gestes pour éviter le pire : qu’elle ne porte atteinte à la lignée des Conrad... Mais cette étrange et incontrôlable obsession ne cacherait-elle pas un secret plus terrible encore ? 

Histoire d’une desperate housewive, Carlo Mirabella-Davis signe un déroutant thriller avec Swallow qui brille autant par son succulent humour noir que son étude minutieuse d’une misogynie institutionnalisée qui sévit dans la prison dorée qu’est le cercle marital. Ici l’imagerie est directement issue des pubs des années 50 qui vendaient diverses choses utiles à l’entretien d’un foyer tout en représentant une vision très étriquée de la femme. Un foyer érigé en prison dont le mari est le gardien. La femme n’étant perçue que comme objet mondain que l’homme présente en société ou qu’un moyen de procréer. La protagoniste est en plus issue d’un milieu modeste, là où son mari est le fils prodigue d’une riche famille. Tout concorde pour asseoir la domination sur une femme qui n’osera pas dire non et finira par se faire violence pour revendiquer ses choix même les plus incompréhensibles et les plus néfastes. Une émancipation cathartique qui ne cherche pas la subtilité, montrant avec intelligence les atours d’une réalité effrayante en virant volontairement du côté de la farce... Swallow reste parfaitement encadré par une réalisation minutieuse et froide qui accompagne à merveille son propos tandis que l’ensemble repose sur la performance formidable de Haley Bennett. L’actrice livre une prestation forte et habitée, probablement son meilleur rôle, qui fait tout le sel de ce très beau tour de force. lemagducine.fr

LA VÉRITÉ

 

De Hirokazu Kore-eda
Avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche...
 
Fabienne, icône du cinéma, est la mère de Lumir, scénariste. La publication de ses mémoires ramène sa fille et sa famille des Etats-Unis dans la maison familiale parisienne. Mais les retrouvailles vont vite tourner à la confrontation : vérités cachées, rancunes inavouées, amours impossibles se révèlent sous le regard intrigué des hommes. Or, Fabienne est actuellement en plein tournage d’un film de science-fiction où elle incarne la fille âgée d’une mère éternellement jeune. Réalité et fiction se confondent alors, obligeant mère et fille à se retrouver...

Kore-eda est un cinéaste qui interroge inlassablement les mêmes problématiques. Son obsession pour les familles, plus ou moins dysfonctionnelles, leurs constructions, et leurs dissymétries, sont encore à l’œuvre dans La vérité. Lumir est une scénariste française qui vit à New-York. On comprend rapidement que cela sonne à la fois comme une émancipation et un exil vis à vis de la présence envahissante et dévorante de sa mère, incarnée par Catherine Deneuve, parfaite pour un rôle qui, s’il ne lui ressemble pas exactement, avait besoin d’une icône ayant traversé et survécu à plusieurs décennies de cinéma. Les deux femmes sont d’emblée positionnées dans un affrontement qui fait ressentir le poids des traumatismes et des reproches dans une relation mère/fille plus que compliquée....Le génie d’Hirokazu Kore-eda est de pousser son dispositif plus loin que cette lutte générationnelle, déjà passionnante, en distillant plan après plan le doute, au cœur de la mémoire...Si le film est rigoureux dans son écriture, il n’oublie jamais d’être un puissant vecteur d’émotions, comme toujours chez le réalisateur japonais, troublant et bouleversant dans les failles qu’il dégage entre ses personnages. La vérité est donc une œuvre complexe, brillante et émouvante, parfait cadeau de fin d’année d’un auteur qui a réussi à transposer son univers hors de ses terres, toujours soucieux de déployer ses obsessions avec une grâce indicible. lebleudumiroir.fr

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