SORRY WE MISSED YOU

Un film de Ken Loach
Avec Kris Hitchen, Debbie Honeywood...
 

Ricky, Abby et ses deux enfants sont issus de la middle-classe anglaise à Newcastle, qui ne roule peut-être pas sur l’or, mais forment une famille soudée. Abby est aide à domicile et enchaîne les client.e.s, tandis que Rick trouve un emploi en tant que livreur, dans l’espoir de sortir enfin la tête de l’eau. Problème majeur en Angleterre, qui commence à faire doucement son entrée en France, Ken Loach aborde le nouveau fléau contemporain : les zero-hours contract, pour les salariés intégralement à leur compte. Payé au client, et devant assumer l’intégralité des frais (casse ou moyen de transport), Ricky se retrouve malgré lui piégé dans un engrenage qui le dépasse.
Portrait désespéré d’une société qui va toujours trop vite, Sorry We Missed You fait entrecroiser l’histoire intime et celle plus large de tout un pays, à travers la lente implosion du cercle familial. Dans sa première partie film capte les derniers instants d’humanité d’une société en plein péril. La famille devient alors l’ultime refuge face à la robotisation : si la journée de travail est difficile, Ricky et Abby chérissent leur
amour pour rester souder. Mais cet amour, aussi fort soit-il, va être mis à l’épreuve par l’ardeur du travail.
La fatigue et l’absence vont progressivement ronger la vie privée, jusqu’à l’effacer totalement. Véritable pilier de la société, au sens aristotélicien, la famille n’en est que le miroir : si elle va mal, la société ne peut qu’aller mal. Si le titre fait référence aux avis de passage laissés pendant une livraison, Sorry We Missed You est à prendre au sens littéral : Ken Loach raconte l’absence d’un père, aliéné dans son
travail, qui manque à sa famille.
Depuis plus de vingt ans le réalisateur et Paul Laverty son scénariste nous donne à voir et nous questionne sur l’insécurité et l’amoralité d’un monde gouverné par le profit.
Comme « Moi Daniel Blake », « It’s a free world », My name is Joe », Bread and roses », ou “Sweet sixteen”, Sorry we missed you » nous interpelle et nous questionne:” comment et pourquoi en sommes nous arrive là”. lebleudumiroir.fr

CHAMBRE 212

Un film de Christophe Honoré
Avec Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste...
 
Richard et Catherine ont eu vingt ans, ils se sont aimés, ils se sont mariés. Des années plus tard, Catherine se choisit un amant. Richard découvre l’affaire, il s’en désespère. Catherine prend la fuite. Elle ne va pas loin, elle traverse la rue et s’enferme dans une chambre à l’hôtel d’en face, la chambre 212... "Si on ne peux plus tromper son mari avec son mari." De telles répliques, Chambre 212, le nouveau film de Christophe Honoré en inclut une multitude, emballés à un rythme rapide, très dialogué et humoristique. Il faut dire que le cinéaste français a choisi d’aborder par le versant de la comédie psychologique un sujet, la crise conjugale aiguë, qui peut prêter aussi bien au vaudeville en temps réel, dans l’hiver de la congélation des désirs, qu’à l’ouverture des portes aux souvenirs du printemps du couple, une double face que le réalisateur a pris au pied de la lettre, composant un film conceptuel où deux versions du mari sont incarnées de concert, l’un jeune, l’autre vieilli. Un parti-pris de distanciation de la réalité qui offre un vaste terrain ludique de variations et d’entrelacement pour le cinéaste et l’occasion de creuser avec une légèreté bienfaisante, et néanmoins souvent cinglante, des thèmes que beaucoup auraient transmutés en drames dépressifs. Sur un scénario ciselé orchestrant de manière très fluide tous ces chassés croisés, Christophe Honoré explore avec beaucoup de drôlerie et sous toutes ces facettes le vieillissement des sentiments amoureux (qui, comme le vin, peuvent perdre leur saveur ou se bonifier), la nostalgie de la jeunesse physique et psychologique, le miroir de ses actes individuels. Porté par une excellente Chiara Mastroianni, le film se révèle un brillant exercice de style, ce qui constitue à la fois sa force et le revers de sa médaille, la boite à outils finissant par dominer un peu son contenu, sans toutefois que le cachet de l’ensemble n’en pâtisse vraiment. cineuropa.org

PAPICHA

Un film de Mounia Meddour
Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda
 

Nedjma sera styliste, et c’est tout ce qui compte. Peu importe les hommes, peu importe l’étau moral qui se resserre rapidement sur sa génération et sur les femmes en particulier, sa liberté et sa passion pour la création sartoriale deviennent aussi indispensables que l’air qu’elle respire. Voilà pour le point de départ de Papicha, qui place le film dans le sillage d’un certain cinéma arabe et féministe, qui a connu un véritable regain de vigueur ces dernières années. Naturaliste, accrochée à ses personnages, la caméra scrute les visages, guette les émotions, la passion ou la nervosité qui monte, alors que l’horizon s’obscurcit, qu’on empêtre les corps féminins et que ceux des hommes se font de plus en plus conquérants dans le cadre. Toujours immersive, lisible et capable d’établir les enjeux dramaturgiques, la mise en scène souffre durant le premier tiers du film d’une dimension un peu trop attendue, impersonnelle. Une équation bouleversée après une bascule tragique qui pousse le personnage de Nedjma dans ses retranchements. Alors que la protagoniste de Papicha se lance à corps perdu dans la conception d’un défilé de mode qui cristallise toutes les aspirations qui sont les siennes, le découpage devient de plus en plus fluide et racé, désormais focalisé sur la sensorialité du récit. Ce dernier se ménage de longues plages, entre contemplation et décomposition de l’action. Sans emphase, gravité de façade ou métaphore lourdingue, Mounia Meddour ausculte les peaux, sonde les cœurs, et permet progressivement à Papicha d’atteindre une grande finesse quand son héroïne lève le voile sur les multiples formes de l’oppression.

Le premier film de Mounia Meddour a finalement cela de très beau qu’il préfère plutôt une liberté charnelle, évidente, à une démonstration attendue ou forcément facile, trois décennies après les faits relatés. Dans Papicha, la liberté se contente de ne pas mourir. Elle peut rencontrer l’opposition, l’agression et la mort, mais ce que constate cette caméra, âpre, mais toujours bienveillante, c’est qu’elle a un appétit qui ne se tarit pas. (www.ecranlarge.com)

ATLANTIQUE

Un film de Mati Diop
Avec Mama Sané, Amadou Mbow, Ibrahima Traore
 
À Dakar, Ada s’apprête à épouser Omar, qu’elle n’aime pas. Elle fait la rencontre de Souleiman, qui travaille sur un chantier, n’a pas été payé depuis plusieurs mois et s’apprête à embarquer clandestinement pour l’Espagne. Son départ et celui de plusieurs jeunes hommes vont
précipiter leurs proches dans une enquête mystique.
Quand Souleiman et ses camarades disparaissent en mer, le film opère une bascule vers le polar et le fantastique. Dès son ouverture, Atlantique donnait à sentir la puissance de l’océan, faisant, par le son, les rayons du soleil ou le scintillement de la Lune, un personnage à part entière de l’étendue bleutée.
Alors que les hommes perdus en mer en viennent à posséder les femmes restées à Dakar, le film se transforme, basculant dans l’errance
fantastique, la rêverie fantasmagorique, sans jamais perdre contact avec le monde qu’il décrit.
Ne se limitant jamais à un commentaire de la crise des migrants, à une illustration d’un sujet passionnant et éminemment politique, Mati Diop embrasse le drame des exilés depuis la rive du départ, pour ne jamais la quitter, et l’amène jusque sur le terrain de la fable. La mise
en scène comme le scénario embrassent cet univers complexe et changeant avec une simplicité qui confinent à l’évidence, n’usant jamais des ressorts du cinéma de genre comme d’un cache-misère ou une quelconque forme de pose.
Ce n’est probablement pas un hasard si on retrouve ici comme co-producteur Oumar Sall, déjà derrière Félicité, qui partage avec Atlantique un même mouvement, une danse entamée du particulier vers l’universel. Qui domine ? Qui possède ? Les ultimes images du film ébaucheront une réponse, plastique et fascinante, qui rappelle par endroits certaines trouvailles du Zombi Child de Bertrand Bonello. www.ecranlarge.com

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU

Un film de Céline Sciamma
Avec Adèle Haenel, Noémie Merlant...

1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant
de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde...

D’un point de vue pictural, en intérieur ou à l'extérieur, dans la lumière chatoyante éclairant les plages bretonnes, Portrait d'une jeune fille en feu est
une splendeur, chaque plan composé comme un tableau de maître. Peindre ou faire l'amour, tel est au fond le fin mot de cette histoire où les sentiments
retenus éclatent enfin comme une floraison sublime. Plusieurs scènes touchent au plus haut point, par leur esthétisme et leur souffle passionnel...
Mais au-delà de l'intimité de ses deux personnages principaux, le film parle avec une grande acuité et justesse de la création artistique et de la place
(confinée) de la femme dans la société. Sans être militant, le film est effectivement féministe avec son quatuor d'actrices qui laisse les hommes
hors champ. Adèle Haenel est magnifique mais la révélation est sans conteste Noémie Merlant, absolument renversante. La complicité de ce duo
nous offre des moments bouleversants d'où l'ironie et l'humour ne sont d'ailleurs pas absents, à travers des dialogues joliment troussés. Portrait
d'une jeune fille en feu est non seulement le meilleur long-métrage de Céline Sciamma mais aussi l'un des meilleurs films français de l'année, haut la
main ! www.senscritique.com

BACURAU

Un film De Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles 
Avec Sônia Braga, Udo Kier, Barbara Colen..

Dans un futur proche... Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans.
Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.
Placée vaguement dans le temps "d’ici quelques années", l’intrigue concoctée par les deux cinéastes nous propulse du ciel étoilé jusqu’à la planète Terre, plus précisément au Brésil dans le sillage d’un camion transportant de l’eau potable et sillonnant une très vaste étendue quasi
inhabitée. De routes secondaires en chemins de terre, on croise finalement un panneau "Bacurau, si tu viens, c’est en paix" après avoir appris que le village a été spolié de son accès à l’eau et que Lunga, un hors-la-loi, se cache dans les environs sans que personne ne souhaite le dénoncer....
Déclinant une partition étonnante dans une tonalité décalée qui évite soigneusement les clichés, Bacurau est une œuvre chorale qui ne se laisse pas apprivoiser facilement tant elle zigzague entre les genres, mais qui donne sa pleine mesure au fur et à mesure de sa progression.
Évidemment anti-impérialiste, le film illustre un esprit de résistance insurrectionnel, la foi dans un héritage culturel commun et un art subtil (doté d’une bonne dose
d’ironie) du camouflage cinématographique revisitant dans un mélange de modernité et de simplicité archaïque les codes de la tradition brésilienne (Antonio Das Mortes de Glauber Rocha par exemple), ceux du western classique et ses transpositions plus contemporaines.
Un exercice de style en miroir inversé au sang chaud et à l’humour noir qui se déguste sans modération.
Cineuropa.org

JEANNE 

De Bruno Dumont
Avec Lise Leplat Prudhomme, Fabrice Luchini, Annick Lavieville

Année 1429. La Guerre de Cent Ans fait rage. Jeanne, investie d’une mission guerrière et spirituelle, délivre la ville d’Orléans et remet le Dauphin sur le trône de France.....Le grand Bruno Dumont adapte de nouveau les textes de Charles Péguy consacrés au personnage historique de Jeanne D’Arc. On est en 1429, Jeanne est emprisonnée et jugée. Après une Jeannette dansante et insouciante, ce second volet paraît plus austère et plus théâtral, mais il s’avère plus sensible et majestueux. L’expression du corps laisse la place à l’expression du verbe. Ce film n’est plus franchement une comédie, ce qu’étaient ses opus depuis la série Le P’tit Quinquin. Le cinéaste semble renouer avec la sobriété d’antan, et choisit de rendre compte des événements (une guerre, un procès, une église) uniquement par les voix, qu’elles soient un commentaire (des personnages sont comme les animateurs radiophoniques de l’action), un interrogatoire, ou un chant. Ces joutes oratoires deviennent fascinantes et parviennent par la force de l’évocation à se substituer à l’action. Chaque parole, interprétée avec fragilité par des acteurs non professionnels, a son timbre et son phrasé singuliers. Amenant une distanciation toute brechtiennne, ce jeu vocal n’en préserve pas moins le mystère de Jeanne et notre fascination. Le pouvoir des mots se confronte à la ténacité de l’accusée qui persiste. Au sein d’un décor immense (église vertigineuse) dans lequel les individus paraissent petits, sentiment augmenté par la bonne idée de retrouver la fragile Lise Leplat Prudhomme (dont il faut saluer la performance), plus jeune que le personnage réel. Le cinéaste questionne alors notre rapport à la spiritualité. Se mêlent le profane et le sacré, à l’image du chanteur Christophe, invité improbable du cinéma de Dumont, qui est d’abord une voix (parlée et chantée), avant d’être un visage. Son chant élégiaque incarne l’alliance du trivial et du lyrique. A nous spectateurs de nous laisser embarquer dans ce récit choral qui peut confiner au grotesque si nous refusons d’y croire. bande-a-part.fr
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